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28 février 2008

Circulaire sur la lecture. Janvier 2006

Allocution de Gilles de Robien ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Présentation de la circulaire sur la lecture

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’abord de vous présenter tous mes voeux pour l’année 2006 !

Cette année, le Président de la République et le Premier Ministre l’ont dit, sera « l’année de l’égalité des chances ». Or la première égalité des chances, la première mission, le premier devoir de l’Ecole : c’est d’apprendre à lire et à écrire à tous les petits Français. S’il ne devait rester qu’une seule mission, ce serait évidemment celle-là !

L’apprentissage de la lecture est sans doute le plus beau moment de la mission d’enseignement. La lecture est le plus bel outil de développement personnel, le plus fondamental. C’est parce que l’apprentissage de la lecture est essentiel, que je considère qu’il est nécessaire de donner des repères clairs aux enseignants C’est la raison de la circulaire que je vous présente aujourd’hui qui a pour objectif un certain nombre de mises au point, une indispensable clarification. Je veux donc dire aujourd’hui les choses de manière claire : D’abord,

1. Oui, la méthode globale existe toujours Ne jouons pas sur les mots, comme on l’a fait trop souvent sur ce sujet jusqu’à maintenant. La seule méthode qui n’existe plus, c’est la méthode globale dite « pure », inspirée de Decroly. Le propre de cette méthode était de ne jamais faire intervenir, même dans un second temps, l’analyse des éléments, syllabes et lettres. Elle n’a en réalité guère été appliquée. En revanche, des méthodes « à départ global » continuent d’exister : j’entends par là, avec les chercheurs (comme Franck RAMUS par exemple), toutes les méthodes qui font commencer l’apprentissage de la lecture par une approche globale, et font intervenir trop tard l’apprentissage syllabique. Ces méthodes à départ global, sous les noms de « semi-globales » ou « mixtes », sont très couramment utilisées encore aujourd’hui.

Je citais Franck RAMUS, qui est chargé de recherches au CNRS au Laboratoire de sciences cognitives et de psycholinguistique ; voici ce qu’il déclarait lors des journées de l’Observatoire National de la Lecture en 2005 : « La méthode globale est censée avoir disparu depuis 30 ans, mais la méthode mixte qui l’a remplacée est très souvent appliquée suivant des principes d’inspiration « globale », accordant peu ou pas d’importance à l’apprentissage systématique des correspondances graphèmes-phonèmes. » Je dois dire d’ailleurs que la force et l’ampleur des réactions confirment indirectement mon propos : pourquoi autant d’agitation si la méthode globale avait réellement disparu ? J’ajoute que les parents qui achètent chaque année 100 000 exemplaires d’une célèbre méthode syllabique ne le font pas sans raison !

Or, et c’est mon deuxième point :

2. Les travaux des chercheurs démontrent que les méthodes à départ global sont beaucoup moins efficaces que les méthodes à départ phono-synthétique ou syllabique, et qu’elles sont mêmes néfastes pour les enfants les plus fragiles. Ce n’est pas moi qui vous le dis, mais des scientifiques spécialisés dans l’étude de la lecture, qu’il s’agisse de neurologues, de psycholinguistes ou de linguistes. On observe sur cette question un consensus remarquable de la communauté scientifique, aussi bien en France qu’à l’étranger. Je peux vous citer quelques exemples : Je pense notamment aux travaux de Liliane SPRENGER-CHAROLLES, psycholinguiste, directrice de recherche au CNRS, dans le laboratoire d’études sur l’acquisition et la pathologie du langage chez l’enfant. Je la cite : « Les enfants qui décryptent le mieux au départ apprennent plus vite et mieux ensuite ; le décodage est la condition sine qua non de l’apprentissage de la lecture. » Je pense aussi à Johannes ZIEGLER ou à Stanislas DEHAENE, membre de l’Institut, professeur au Collège de France, directeur de l’unité INSERM-CEA de "Neuro-imagerie Cognitive", au Service Hospitalier Frédéric-Joliot. Je cite ce dernier : « La région cérébrale [spécialisée pour la lecture] paraît ne pas fonctionner par « reconnaissance globale du mot ». Au contraire, elle décompose les mots écrits en éléments simples (les lettres, les graphèmes) avant de pouvoir les identifier. » Et il ajoute : « De nombreuses recherches convergent pour suggérer que l’apprentissage est plus rapide lorsque l’on porte l’attention de l’enfant sur le niveau des graphèmes (qui est codé dans cette région) et sur les correspondances graphèmes-phonèmes. »

Je voudrais enfin citer Alain BENTOLILA, professeur de linguistique à l’université de Paris V, qui fait justice des reproches que l’on entend parfois faire à la méthode syllabique : « Contrairement à ce que l’on a seriné aux instituteurs pendant trente ans, ce n’est donc pas le fait de déchiffrer qui est responsable d’une lecture dépourvue d’accès au sens, mais c’est le déficit du vocabulaire oral qui empêche l’enfant d’y accéder. » Autrement dit, les raisons qui ont fait abandonner la méthode syllabique à une certaine époque n’étaient pas fondées ! Mais je vous l’ai dit, la recherche dit exactement la même chose à l’étranger :

Je citerai en particulier l’étude de grande ampleur qui a été menée en 1998-1999 au Etats-Unis par l’Institut national de la santé des enfants et du développement humain (National Institute of Child Health and Human Development). Il a en effet examiné l’efficience des différentes méthodes de lecture utilisées à l’école, sur un large panel d’écoles. Le résultat a été très clair : les méthodes "systématiques" sont supérieures non seulement aux méthodes idéovisuelles, mais aussi aux méthodes semi-globales. Bref, les méthodes à départ global sont moins efficaces que les méthodes à départ phono-synthétique, ou syllabique. Elles présentent même, pour les enfants les plus fragiles, ou les moins accompagnés à la maison, un véritable risque : celui de tomber dans des difficultés ensuite insurmontables pour acquérir correctement le code alphabétique. Ces difficultés viennent de ce que les méthodes à départ global s’appuient sur la reconnaissance quasi photographique des mots, et non sur la connaissance des éléments qui les composent. Dans ces conditions, lire ressemble à une devinette, ou à un jeu d’hypothèses : l’enfant ne lit pas à proprement parler, il reconnaît une image, qui lui évoque une signification approximative. Les difficultés que l’on constate en sixième (confusion entre « ils » et « lis », « cassons », et « cachons », etc….) s’expliquent de la même manière. Alors me direz-vous, 80 % des élèves réussissent à apprendre à lire ! Oui, mais ce sont les 20 % restants qui me préoccupent. Pour moi, la conclusion de tout cela est limpide : l’apprentissage de la lecture doit commencer par le son et la syllabe. Il faut le dire clairement, nettement, explicitement et le faire savoir à l’ensemble du système éducatif. Cela, je le dis avec force, n’a jamais été fait. Les instructions ont jusqu’ici prêté à confusion ; elles sont demeurées ambiguës. D’où la nécessité de cette circulaire, et c’est mon troisième point.

3. Une circulaire, pour quoi faire ?

• D’abord, il y a une demande de la part des jeunes professeurs et des étudiants en IUFM : le flou et les confusions verbales qui règnent sur la question depuis de trop nombreuses années ont fini par créer une situation angoissante pour eux. De nombreux instituteurs se sentent un peu abandonnés ; ils doivent « inventer » leur propre méthode ; certains n’osent pas dire la méthode qu’ils emploient et dissimulent leurs pratiques, d’autres aimeraient savoir ce qui est efficace et ce qui l’est moins. Bref, un besoin de repères se fait sentir… Il était temps qu’un ministre fasse la clarté sur le sujet. Il serait tout de même extraordinaire qu’il soit le seul à ne pas s’exprimer !

• Ensuite : la loi impose désormais la maîtrise d’un socle commun. Et le ministre en sera comptable ! Or le fondement de ce socle, c’est la lecture. Sans elle, tout s’écroule. Nous le savons tous : l’échec au cours du cycle des apprentissages fondamentaux est un échec difficilement remédiable. Je suis donc totalement déterminé à tout faire pour assurer la maîtrise de la lecture. C’est ma première responsabilité. Je veux conduire les choses jusqu’à leur terme, c’est-à-dire, en l’occurrence, jusqu’à leur application dans les classes. Ce sujet est trop grave pour faire l’objet de polémiques ou d’annonces sans lendemain ! Bref, le moment m’est paru venu de tirer les conclusions logiques de ce faisceau d’éléments ! Je remarque d’ailleurs que je ne suis pas le seul à estimer que « le moment est venu ». Certains de nos amis étrangers ont pris très récemment les mêmes décisions : je pense aux Etats-Unis, qui ont tiré les premiers les conséquences des enquêtes comparatives sur les méthodes ; je pense aussi à l’Australie, ou bien encore au gouvernement travailliste, en Grande Bretagne, qui a pris au mois de décembre exactement la même décision que moi ! Je pourrais également vous parler de la Finlande, toujours classée première dans les comparaisons internationales en lecture, et qui applique depuis longtemps des méthodes phono-synthétiques. J’en viens donc à cette circulaire, que j’ai adressée hier aux inspecteurs d’académie et aux directeurs d’IUFM. Le but de ce texte est clair : je veux établir une bonne fois, de manière parfaitement explicite, quel cheminement appliquer pour apprendre à lire aux enfants. Je veux dire aussi clairement quel type de démarche doit être résolument écarté. Cela n’avait jusqu’ici jamais été fait. Cela n’empêchera pas l’inventivité pédagogique ! Ce n’est pas un retour à je ne sais quel passé mythique ! Non, il s’agit simplement de se tourner vers l’avenir en tirant les conclusions de l’expérience.

Quant à la liberté pédagogique, j’y suis très attaché, mais il faut bien la comprendre. D’abord, je vous rappellerai ce que dit la loi : « La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale. » Ensuite, le corollaire de la liberté, c’est évidemment l’efficacité et le souci du résultat ! Il y a des méthodes performantes et d’autres qui ne le sont pas. Et pour tout vous dire, la liberté pédagogique n’est pas la liberté de faire n’importe quoi ! J’en viens donc au contenu de la circulaire : Laissez-moi vous dire l’essentiel en quelques mots. Je demande aux maîtres d’utiliser des méthodes qui commencent par l’apprentissage des « éléments », et permettent aux enfants de faire méthodiquement le rapport entre la forme écrite d’une lettre et le son qu’elle donne.

Deux phases successives sont donc nécessaires :

une première phase syllabique pour arriver dès que possible à la lecture de phrases simples, de textes courts et de livres. Cela signifie donc que le maître doit écarter les méthodes qui font commencer l’apprentissage de la lecture par la reconnaissance globale, et quasi photographique des mots. Il doit les écarter parce qu’elles saturent la mémoire des élèves sans leur donner les moyens d’accéder dès la fin du CP à la véritable lecture : la lecture ne doit en aucun cas être un exercice de devinette. En publiant cette circulaire, je souhaite clarifier ce qui ne l’avait jamais été, et mettre un terme à l’ambiguïté qui a trop duré et qui est pesante pour de nombreux enseignants.

Je sais aussi que les étudiants d’IUFM, qui se destinent au professorat des écoles, sont désireux de recevoir une formation vraiment complète et méthodique sur l’apprentissage de la lecture. Ils sont désireux d’instructions claires.

C’est pourquoi, je le souligne, les inspecteurs, les conseillers pédagogiques, les formateurs des IUFM sont les premiers responsables de la mise en oeuvre de ce texte, que suivra de près l’Inspection générale de l’Education nationale.

A tous, je veux exprimer ici ma confiance. Ils réalisent la tâche la plus importante de notre système éducatif, et l’une des missions les plus essentielles de la République. L’apprentissage de la lecture, c’est la première mission civile de l’Etat.

C’est dire l’importance que j’attache à ce texte !

Je vous remercie.

 

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