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20 août 2014

Fabienne Terral-Calmès : on achève bien les instits...

La meurtrière d’Albi a été déclarée folle et internée. Le ministre de l’Education s’est fendu des habituels discours ne révélant que son impuissance et surtout l’absence de la compassion dont ils se voulaient les témoins. Puis, on a organisé une manifestation pleine de bons sentiments ainsi qu’on fait toujours quand on est confronté à une mort incompréhensible et révoltante.

Mais la mort de notre collègue est parfaitement compréhensible. La folle n’a pas réalisé un acte aberrant. Bien au contraire, dans ce drame, le fou est un médium social qui nous révèle à tous ce qui est devenu possible dans ce pays : le corps et l’esprit de l’instit sont à nouveau à la disposition de chacun.

Et de manière immédiate. Lors de l’effroyable époque Ségolène Royal au tournant du millénaire, il fallait encore l’aide de l’administration pour pousser un enseignant à la corde. La folle d’Albi a montré que désormais on pouvait le faire soi-même. Le meurtre de Fabienne Terral n’aura été que l’acmé certainement provisoire d’une multitude d’agressions que les enseignants vivent au quotidien.

Il n’est besoin que de se reporter aux statistiques de l’Autonome de Solidarité pour être édifié. Ainsi, celle-ci s’est occupée en 2012-2013 de 1500 cas de violences physiques. (Mais elle n’est pas appelée à les traiter tous, et de loin.) Près de 23.000 dossiers de protection juridique ont été ouverts, soit 5.300 de plus que l’année précédente. En tête, viennent 7.700 cas liés à des insultes et menaces (+1700), suivis de 2000 cas de diffamation (+400) et 1900 cas de harcèlement (+400).

Chaque collègue a appris pendant sa formation qu’il n’est pas forcément le destinataire ultime de la violence qui est exercée à son encontre. Quand il s’effondre, il se trouve toujours une bonne âme pour lui gnangnanter à l’oreille : « Mais ce n’est pas toi qui es visé, ton agresseur est une personne qui va mal ; à travers toi, elle s’en prend à la société. » Ha, ha, très drôle. En attendant, collègue c’est toi qui prends, qui prends, qui prends encore à devoir boire la coupe jusqu’à la lie. D’ailleurs, la meurtrière d’Albi ne visait pas Fabienne Terral, n’est-ce pas ?, elle en avait surtout après trente ans de politique libérale. Vu comme ça, évidemment….

Le député européen Peillon à propos de l’augmentation de la violence scolaire a un jour parlé de « dégénérescence des mœurs ». Bel aveu de l’impuissance d’un ministre que de se réfugier dans les catégories morales pour cacher un problème social et un mépris d’Etat envers ses serviteurs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’Etat abandonne ses fonctionnaires en général et ses enseignants en particulier. Nous autres au Snuipp, ne nous lassons pas de lutter contre la dégradation des conditions de travail dans notre métier, nous ne nous lassons pas de défendre les intérêts moraux et matériels de nos collègues. Nous savons qu’il n’y a pas de réforme sans la mobilisation des collègues. Et nous savons aussi qu’on ne mobilise pas pour de grands projets une profession dont par ailleurs, depuis des années, on dévaste méthodiquement les conditions de vie et de travail.

Les réactions de l’Etat sont à la fois scandaleuses et extrêmement révélatrices. Notre collègue est décorée de la Légion d’Honneur et il est proposé de donner aux enfants le statut de Pupilles de la Nation. Cette qualité instituée le 27 juillet 1917 malgré son élargissement par l’article 26 de la loi no 90-86 du 23 janvier 1990 et la loi no 93-915 du 19 juillet 1993 est toujours liée à des actes de guerre ou maintenant de terrorisme. L’Etat veut-il donc nous dire par là que l’école est devenue une zone de guerre ? Quelles sont alors les mesures prévues pour sécuriser le périmètre ?

Notre collègue était impliquée dans la défense des réfugiés et des étrangers expulsables. Comme une manière d’éloge du Crime à la Vertu, on nous annonce la régularisation de l’une des familles dont Fabienne Terral avait le souci. Il s’agit d’un aveu terrible mais aussi d’un encouragement. Par cette régularisation, on avoue la profonde injustice de la politique migratoire Sarkozy-Valls et on indique dans le même mouvement qu’il est légitime de protester et de se battre contre elle. Nous au Snuipp, nous goûtons cela comme un doux miel de printemps qui nous donne des forces et de la volonté pour tous les combats à venir.

H. Laempel.

 

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