www.snuipp.fr

SNUipp-FSU du Bas-Rhin (67)

Vous êtes actuellement : Ecole et société  / L’école et ses élèves : Pédagogie, Programmes...  / Maternelle 

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {} syndiquer le forum
10 mars 2008

La maternelle : chef d’oeuvre en péril. Mars 2008

L’école maternelle est en danger. Après le rapport accablant du HCE publié en août 2007, c’est désormais un Inspecteur de l’Education nationale qui n’hésite pas à dénigrer et à nier le travail accompli à l’école maternelle.

Un article publié le 6 mars 2008 dans LE POINT.

La maternelle, chef-d’oeuvre en péril

La nation est très fière de son école maternelle. Et si elle avait tort ? Un rapport et un livre remettent en question le mythe de cette « exception française ». Marie-Sandrine Sgherri

Mais que se passe-t-il donc à la maternelle ? Naguère fleuron de notre école, glorieuse exception française, la voilà vilipendée, traitée à son tour comme un « maillon faible » du système éducatif. En septembre, le Haut Conseil à l’éducation rend son rapport annuel à Xavier Darcos. Il note que l’école française est minée par son incapacité à réduire l’échec scolaire, un échec précoce : « La maternelle, écrit le Haut Conseil, ne met pas tous les enfants dans les conditions de réussir l’école élémentaire. » Une commission, présidée par le linguiste Alain Bentolila, est aussitôt nommée par Xavier Darcos. En décembre, le rapport tombe et dresse un constat accablant. Certes, la maternelle est sympathique, bienveillante. Soucieuse d’afficher les productions si attendrissantes de notre progéniture, elle fait plaisir aux parents. Mais qu’apprennent vraiment les enfants ?

Pas grand-chose, conclut ce rapport, puisque chaque enfant ne travaille sous le contrôle de la maîtresse qu’une demi-heure... par semaine ! Le reste du temps ? Les enfants se livrent à des « activités périphériques » à l’intérêt pédagogique discutable : « Temps de collation, de déplacements, d’habillage, de passage aux toilettes, d’attente des parents », sans oublier les récréations et la sieste.

Certes, des enfants de 3 ans peuvent encore avoir besoin de dormir. Et à 5 ans, il est bon de bénéficier d’un temps de repos. Qu’y a-t-il d’anormal à ce qu’une école qui se veut « maternelle » soit attentive aux rythmes biologiques des enfants ? Mais ces activités, qui dévorent l’essentiel de la journée des petits, nécessitent-elles vraiment des maîtres recrutés et formés à bac + 5 ?

Cette question taboue, un inspecteur de l’Education nationale ose la poser dans un ouvrage qui paraît cette semaine. Son titre ? « Il faut fermer les écoles maternelles ». On comprend que l’auteur, toujours en exercice, ait préféré prendre un pseudonyme « pour continuer à exercer sereinement sa mission » auprès des enseignants qu’il est chargé d’inspecter.

Julien Dazay fait donc le même constat que la commission Bentolila. Le temps passé en maternelle est essentiellement du temps perdu. Mais sa solution est plus radicale : supprimer les deux premières années et faire de la grande section la première année de l’école élémentaire. Quant à l’accueil des enfants entre 3 et 5 ans, il serait de la responsabilité des services périscolaires communaux subventionnés par l’Etat. Inacceptable ? C’est pourtant ce qui se passe en Grande-Bretagne, où l’école commence à 5 ans, après des années de playschools , c’est-à-dire de jardin d’enfants, où les petits sont autrement mieux encadrés qu’à la maternelle française !

La proposition de Julien Dazay n’a aucune chance d’être suivie. Le ministère de l’Education nationale s’est appuyé sur le rapport Bentolila pour redonner une ambition aux trois années de maternelle et fixer aux maîtres des objectifs plus précis que dans les précédents programmes. Voeu pieux ? On peut le craindre. Car on sait ce qu’il faut à un enfant pour entrer dans l’écrit : qu’on lui lise des histoires, qu’on l’écoute lorsqu’il s’exprime, qu’on le reprenne quand il se trompe. Bref, il a besoin de ce temps et de l’attention que les maîtresses savent si bien donner à leurs propres enfants ! A trente élèves en même temps, c’est beaucoup plus difficile !

Julien Dazay Inspecteur de l’Education nationale, auteur d’« Il faut fermer les écoles maternelles » (éditions Michalon) Le Point : La maternelle va-t-elle si mal que vous proposiez de la supprimer ? Les parents y sont pourtant très attachés. Julien Dazay : Mon titre est provocateur, mais j’ai voulu ouvrir le débat et dénoncer certaines dérives. Les parents sont très attachés à ce que leurs enfants soient pris en charge, gratuitement qui plus est. Mais ils ignorent tout de ce qui se passe réellement à la maternelle et ne savent pas ce qu’on peut en attendre. Je pose la question : pourquoi une sieste obligatoire ? Et pourquoi enchaîner sur une récréation ? Si la maternelle est bien une école, osons affirmer que c’est un lieu où il faut enseigner des savoirs. Dans les programmes de 2002, il n’est pas question de « disciplines » mais de « domaines ». Pas de « géographie », mais de « découverte du monde ». Aucun nombre d’heures précis n’est indiqué, aucun objectif clairement défini. Même les maîtres ne reçoivent pas d’instructions claires sur ce que les enfants doivent apprendre entre 3 et 6 ans. Résultat : ils mettent l’accent sur tel ou tel aspect en fonction de choix personnels et, quand les élèves arrivent au CP, certains ont été préparés, d’autres pas. Le projet de réforme des programmes de Xavier Darcos constitue un immense progrès. Dommage qu’il ne lève pas l’ambiguïté sur ces « domaines » et, surtout, sur la grande section de maternelle.

De quelle ambiguïté s’agit-il ? La grande section de maternelle appartient, selon les textes officiels, au même cycle que le CP et le CE1. Cela signifie que, pour apprendre à lire, écrire et compter, l’enfant dispose de trois années. Mais la grande section reste à cheval sur deux institutions : la maternelle et l’école élémentaire. Or, trop souvent, la liaison avec le CP n’est que théorique. Si la maternelle ne prépare pas à entrer au CP, n’apprend pas même aux enfants à tenir un crayon, alors à quoi bon parler d’école et y faire travailler des professionnels de l’enseignement ?

Mais si des objectifs précis sont demandés aux élèves un an plus tôt, ils seront plus nombreux à ne pas les atteindre dès 5 ans. Une école trop « scolaire » ne produit-elle pas plus d’échec ? Au contraire. Si le cycle des apprentissages fondamentaux devient réalité, on donnera vraiment trois années aux enfants pour apprendre à lire, et on augmentera les chances de chacun d’y parvenir. Propos recueillis par M.-S. S.

 

35 visiteurs en ce moment

*Top
©Copyright 2006 - SNUipp-FSU du Bas-Rhin (67), tous droits réservés.