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4 décembre 2018

Philippe Meirieu au Colloque du SNUipp-FSU

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Philippe Meirieu : Enseigner un métier de concepteur ?

"L’enseignant est celui qui ose penser par lui-même. Il ne peut pas être un simple exécutant".

Devant 300 enseignants, réunis par le SNUipp-FSU, Philippe Meirieu a ouvert la première journée du colloque " Enseigner un métier d’exécutant ou de concepteur ? " organisé par le SNUipp-FSU les 27 et 28 novembre.

Durant deux journées, chercheurs (P Meirieu et R Goigoux), pédagogues (GFEN), enseignants et syndicalistes réfléchissent aux défis envoyés à la profession par JM Blanquer.

Avec un objectif : que le métier ne leur échappe pas.

Menaces sur la professionnalité selon le SNUipp-FSU

"On est actuellement menacé sur la professionnalité de notre métier qui n’est pas reconnue par le ministre", nous a dit Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU lors du colloque. "Il pointe les difficultés de l’école et les attribue aux enseignants. Nous lançons un appel pour dire : nous sommes des concepteurs de notre métier". Le SNUipp-FSU s’est notamment insurgé contre la multiplication des injonctions sur les méthodes de lecture, sur les "bons" manuels. Le syndicat le fait d’autant mieux qu’il arrive à opposer des chercheurs aux propos ministériels. "On dit pour les élèves en difficulté de lecture à l’école de renforcer le code, la syllabique. Mais la difficulté c’est la compréhension. C’est ça qu’il faut renforcer. C’est incroyable d’avoir une réponse aussi inadaptée", souligne F Popineau. Le SNUipp-FSU souligne aussi toutes les aides dont certains enfants ont besoin et qu’ils n’ont plus du fait des économies. "La pédagogie peut beaucoup mais on a aussi besoin de professionnels pour répondre à certaines situations".

Lire, écrire, compter, respecter

C’est à un vrai travail de déconstruction / reconstruction que se livre durant deux heures Philippe Meirieu. Partant de la maxime de JM Blanquer "lire, écrire, compter, respecter autrui", il remet ces mots dans la perspective de l’école républicaine et de la profession enseignante.

En s’appuyant sur le Dictionnaire de Ferdinand Buisson, qu’il a récemment réédité, P Meirieu met en évidence la distance entre la conception républicaine de l’Ecole et celle de JM Blanquer. "Lire pour F Buisson c’est pouvoir accéder directement aux textes et pratiquer le libre examen... Si les enfants doivent apprendre à lire c’est pour qu’ils n’aient personne à croire sur parole... Quand on renvoie l’obligation de lecture à des impératifs fonctionnels on se trompe complètement sur la finalité de la lecture qui est une finalité d’émancipation", explique-t-il. Savoir lire c’est bien comprendre et non seulement savoir décoder, comme poussent à le croire les récentes évaluations nationales. De même écrire pour F Buisson sert à construire sa pensée, c’est se donner une discipline de pensée.

P Meirieu rappelle que pour F Buisson, "les enseignants laïcs ne peuvent pas aider leurs élèves à séparer savoirs et croyances s’ils enseignent leurs savoirs comme des croyances". Une posture qui prend le contre pied des injonctions ministérielles.

L’enseignant en régulateur

Ainsi P Meirieu dessine une autre vision du métier enseignant. "Enseigner c’est décider.. Aucun geste de l’enseignant n’est neutre. Et ses microdécisions ont un impact sur la réalité de ce qui se passe en classe".

P Meirieu file une autre métaphore : celle de l’enseignant régulateur. L’enseignant "régule son action en conscience des tensions qui structurent l’acte pédagogique". Ce travail tout en finesse ne peut être imposé d’en haut car il repose sur le libre arbitre. "Aucun algorithme peut permettre ce réglage fin". D’où l’idée d’un métier enseignant qui est à la fois un métier d’expert et un métier citoyen "qui refuse la réduction du métier en devenant citoyen acteur de son institution".

Que faire ?

En conclusion, P Meirieu a invité à lutter contre "une prolétarisation" du métier enseignant qui "dévitaliserait l’institution scolaire".

Des propos qui ont aussi attiré des questions assez frontales. Comment faire quand les parents soutiennent les injonctions ministérielles et estiment que l’école doit juste transmettre un métier ? "Ayez confiance !", répond P Meirieu. "Votre activité peut être invisible.

Mais elle aura des effets lointains" Il invite à "imaginer un autre paradigme éducatif : former des sujets capables de résister... Ne baissez pas les bras !"

Sur le "Café Péfagogique" du 28 novembre 2018

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