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27 octobre 2008

Déclaration introductive de Gilles Moindrot, à l’université d’automne. Octobre 2008

Intervention introductive de Gilles Moindrot, secrétaire général, à la 8ème Université d’Automne du SNUipp. Ce sont près de 400 enseignants et chercheurs qui sont réunis pendant ces trois jours, du 24 au 26 octobre pour réfléchir, débattre de la réussite de tous ses élèves, de la maternelle, de l’histoire de l’art, de la lecture, de discrimination, de laïcité, de formation professionnelle, des relations avec les parents ; de tout ce qui fait l’Ecole aujourd’hui.

Bonjour et bienvenue à tous pour cette 8ème université d’automne.

Quel contraste ! Quel contraste entre les moments que nous allons vivre à ici La Londe et le climat de remise en cause voire de déstabilisation professionnelle que nous vivons tous les jours dans nos écoles.

Lorsque que nous avons créé cette rencontre entre 400 enseignants des écoles et 35 chercheurs, formateurs, réalisée en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement, nous avions l’ambition d’en faire le grand rendez-vous de l’école primaire.

Pari réussi ! Avec un succès qui ne se dément pas avec près de 400 enseignants des écoles au début des vacances d’un trimestre reconnu comme difficile, cela prouve que notre passion du métier est suffisamment forte pour y consacrer encore du temps en dehors de l’école. Pour nous dégager de la pression de la classe et de la vie quotidienne, pour échanger, confronter nos expériences, découvrir de nouvelles approches, parler de nos réussites comme de nos difficultés à faire évoluer notre métier. Au-delà des discussions passionnées que nous menons sur l’apprentissage de la dyslexie, le langage en maternelle, les programmes d’histoire, les aides aux élèves ou le travail avec les familles, ce pari prend une nouvelle dimension à un moment où chacun sent que ce sont les fondements de l’école publique qui sont mis à mal, le métier et l’engagement professionnel au service des élèves qui sont décriés et dévalorisés. Ce qui entraîne une vive réaction de notre profession comme l’a montré le succès de la manifestation de dimanche à l’appel d’un collectif – inédit par sa composition – qui va des organisations syndicales aux mouvements pédagogiques en passant par les associations péri-éducatives. Succès par sa participation, succès par l’écho positif qu’elle a recueilli dans l’opinion. D’où la proposition de grève que nous avons formulée à nos partenaires.

Il n’est pas anodin qu’un des slogans qui a été le plus applaudi soit fait de quelques petits mots : « Oh ! A la maternelle on apprend ! » Des mots simples. Une évidence.

C’est que nous n’acceptons pas la déclaration scandaleuse du ministre devant les sénateurs, laquelle réduit notre métier à surveiller les siestes et à changer les couches des élèves. Cette affirmation reprend un argument populiste qui a touché le cœur de tous les enseignants. Alors que les travaux de nombreux chercheurs soulignent l’importance de la première rentrée à l’école – à 2 ans ou à 3 ans d’ailleurs – chacun sait que ce passage est essentiel pour l’enfant : de l’univers familial vers celui de l’école. Il s’agit de créer à la fois les conditions de confiance, les lignes de continuité qui vont assurer la sécurité affective de l’enfant et les lignes de rupture émancipatrices qui autoriseront l’enfant à s’engager dans les apprentissages de l’école. Un moment complexe qui exige professionnalité et qualification. Un moment bafoué par le ministre.

Ce sont encore l’intérêt des élèves et notre professionnalité qui ont été mis à mal avec la refonte des programmes. Si les vives réactions de la consultation ont permis d’écarter les aspects les plus dangereux, l’esprit reste et l’on peut reprendre à notre compte l’affirmation de Roland Charnay : « Apprends, répète. Tu comprendras plus tard… Et plus tard tu sauras à quoi cela peut être utile. De quoi accentuer les échecs, les blocages, et donner le dégoût des mathématiques au plus grand nombre. »

A la rentrée, nous avons interpellé le ministre sur les documents d’accompagnement des programmes. En effet, ces documents constituent des aides précieuses pour les professeurs des écoles comme pour les formateurs en apprentissage de la lecture, du travail sur le langage en maternelle, de première scolarisation ou encore d’enseignement des sciences avec les documents coécrits par le ministère, l’Académie des sciences et La main à la pâte. Le ministre vient de les supprimer du site. Prétendre interdire l’utilisation et la publication d’un tel document conçu dans le cadre de La main à la pâte initiée par Georges Charpak pour favoriser l’enseignement des sciences à l’école témoigne d’un obscurantisme que l’on croyait révolu. Jusqu’où ira le ministre ?

Dans un registre voisin, le SNUipp apporte son soutien aux personnels de la direction de l’évaluation et de la prospective qui protestent contre le risque de démantèlement de leurs services et la censure exercée par le cabinet vis à vis de leurs travaux. Dix-sept notes d’interventions sont actuellement bloquées. Il s’agit de travaux de prévisions qui concourent à une meilleure connaissance de l’école, des élèves, des enseignants. Ces documents n’ont peut-être pas l’heur de plaire ? Allons nous vers un ministère de l’ignorance nationale où le bon plaisir d’un ministre déciderait seul de ce qu’il faut dire et penser de l’école ?

C’est aussi le même mépris que ressentent les enseignants des écoles quand ils apprennent brutalement que les 150 000 élèves qui bénéficient aujourd’hui d’aides spécialisées n’y auront plus accès à partir de l’an prochain car, sans étude, sans concertation, sans prise en compte de l’engagement et de la professionnalité des maîtres E et G, 3000 postes des RASED seront fermés d’un trait de plume ! Une décision qui touche d’abord les élèves car ce ne sont bien évidemment pas les deux heures de soutien mises en place dans les conditions que l’on connaît qui les remplaceront. Le SNUipp soutient l’initiative de la Fname et de la Fnaren qui aura lieu le 4 novembre au moment de l’ouverture de la discussion budgétaire.

Nous connaissons une rupture budgétaire avec, pour la première fois, 6000 suppressions de postes alors que 20 000 élèves supplémentaires sont attendus et une rupture éducative quand le ministère clame que la pédagogie n’est plus de son domaine. Autre rupture, l’annonce d’une réforme de la formation des enseignants qui rejette toute l’expérience et la qualification des formateurs, tous les savoir-faire professionnels élaborés par ces derniers, lesquels risquent donc de disparaître de la formation des enseignants du premier degré.

Il est scandaleux que le président de la République nous reproche de contester les fermetures de postes au vu de la gravité de la crise. A-t-il les mêmes mots pour qualifier les responsables du trou de la Caisse d’épargne, 600 millions d’euros, la somme « économisée » par les 12000 suppressions d’emplois ? Le gouvernement ne devrait-il pas déployer la même énergie à assurer l’avenir de générations d’élèves que celle qu’il met à combler les déficits des spéculations hasardeuses ?

L’école a besoin de se transformer. C’est en partie pour cet objectif que nous tenons cette université d’automne. Les difficultés sont bien réelles et insupportables : 10 à 15 % des élèves ne maîtrisent pas les compétences de base à l’entrée en 6ème ; 60 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification, un étudiant sur deux n’achève pas ses études… L’école serait-elle la seule responsable ? Mais se lamenter sans cesse sur l’échec scolaire sans agir sur l’environnement dans lequel vivent ces enfants, le chômage, la précarité, l’habitat inadapté, la manque d’accès aux soins et à la culture, aux loisirs et aux vacances, c’est franchement hypocrite !

N’est-il pas possible d’engager un travail sérieux à partir des recherches des professionnels ? Ainsi, en orthographe ou en grammaire… Le débat aura lieu dans l’atelier. A l’évidence de telles questions méritent un débat sérieux. Le contraire de la polémique et des simplismes.

Et nous mettons en garde le ministre de l’éducation nationale : l’école élémentaire et maternelle, les enseignants et les formateurs n’ont aucunement besoin d’adoration aveugle ou d’hommage hypocrite, ils ont besoin de respect, de voir leur dignité reconnue, leur expérience quotidienne et leur engagement professionnel reconnus.

L’école a besoin d’une évaluation honnête et sérieuse des résultats et de transformations qui visent à la réussite de tous les élèves, de temps pour mieux travailler en équipe, de temps pour mieux se former, de moyens pour diversifier les organisations de la classe notamment là où les élèves en ont le plus besoin.

Ces transformations sont longues et profondes. Elles ne s’accompagnent sans doute pas du rythme des apparitions cathodiques. Elles doivent être discutées, débattues, s’appuyer sur l’expérience et l’engagement des enseignants qui, tous les jours, cherchent dans leur classe, avec trop peu de moyens, à faire réussir tous leurs élèves. Ce n’est pas le choix, au contraire, de Xavier Darcos qui multiplie les mesures brutales prises sans aucune concertation.

Quels parents croiront qu’avec moins d’heures de classe chaque semaine, des programmes plus lourds, moins d’enseignants, des dispositifs pour les élèves en difficulté supprimés, les élèves pourraient mieux réussir à l’école ?

Peut-on laisser un ministre et un groupe restreint d’hommes de son cabinet prétendre un jour supprimer l’enseignement de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen des programmes, imposer l’apprentissage du passé antérieur, réglementer les nominations des enseignants des écoles dans tous les départements ou encore annoncer la publication des résultats scolaires école par école ?

Le SNUipp sera toujours aux côtés des enseignants qui, dans leurs classes, innovent, cherchent à améliorer leurs pratiques pédagogiques, s’approprient les résultats de la recherche et explorent les chemins qui favorisent la réussite de tous les élèves.

Et c’est parce que nous avons à cœur notre métier, l’intérêt de nos élèves, que le SNUipp vous invite à conjuguer avec la même force et le même enthousiasme la poursuite de la réflexion sur notre métier et l’action revendicative la plus forte.

Nous organisons les 17, 19 et 27 novembre, trois colloques sur les rythmes scolaires, l’école maternelle et l’aide aux élèves. Nous préparons, pour le jeudi 20 novembre, une journée de grève unitaire massive dans les écoles : à l’appel du SE, du SGEN et du SNUipp.

Mais avant la préparation de ces initiatives il y a 3 jours de débats et d’échanges et... quelques jours de vacances.

Merci de votre attention. La Londe le 24 octobre

 

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