www.snuipp.fr

SNUipp-FSU 67 du Bas-Rhin

Vous êtes actuellement : Ecole et société  / Faits d’actualité, positions du SNUipp et de la FSU  

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {} syndiquer le forum
8 mars 2020

Coronavirus/Covid-19 : Continuité pédagogique en cas de fermeture d’école. Faisons le point !

Enseignement à distance, Blogs & ENT, mails & contacts aux familles, données personnelles… Le point sur les obligations de service des personnels au regard de certaines demandes de l’administration départementale qui ne sont pas toujours règlementaires et ne peuvent être initiées que sur la base du volontariat.

JPG - 11.7 ko

Le SNUipp-FSU67 vous propose un point d’étape avant de produire une analyse pédagogique, professionnelle & règlementaire plus fine des implications pour notre métier de ce « travail à distance ».

- Les demandes de l’administration

Les demandes exprimées par l’administration en matière de ce que le ministre considère comme de la « continuité pédagogique » sont parfois non règlementaires et donc soumises à l’accord de la directrice ou du directeur ainsi que des adjoint-es de l’école.

- Suis-je obligé-e d’appeler les parents ? Non
- Suis-je obligé-e d’ouvrir un espace « ma classe virtuelle » sur le site du CNED ? Non
- Suis-je obligé-e de me déplacer à l’école pour y apposer une affiche avant la reprise de la classe ? Non
- Suis-je obligé-e de constituer des listes (mails, téléphones de parents…) en dehors de tout cadre réglementaire et de la réglementation en vigueur en matière de respect des données à caractère personnel (RGPD,…) ? Non
- Suis-obligé-e de communiquer aux familles des fichiers ou d’autre matériel de la classe ? Non
- Suis-je obligé-e d’assurer une forme de continuité pédagogique ? Non
- Suis-je obligé-e de répondre à toute heure du jour et de la nuit à mon administration ? Non

Notre travail est, depuis des années, dégradé. Il n’est plus possible de compter uniquement sur la « conscience professionnelle » de directrices-directeurs et adjoint-es très largement investi-es pour pallier les manques de l’administration :

- Où est la continuité pédagogique rabâchée par le ministre depuis une semaine quand un-e enseignant-e est absent-e sans être remplacé-e ?
- Où est l’administration quand toutes les écoles ne sont pas encore dotées de savon et de solutions hydroalcooliques même en pleine épidémie ?
- Où est l’administration quand, dans certaines écoles, il n’y a qu’un ordinateur pour tous les collègues ?
- Où est l’administration quand les collègues souhaitent une vraie formation ?

Les personnels de l’éducation nationale, et particulièrement du premier degré, n’ont reçu aucune formation généralisée sur la mise en place d’ENT ou de blogs de classe. Lorsque ces derniers sont déjà mis en place ils le sont très généralement dans le cadre d’un projet de classe ou d’école afin d’y associer les familles et limiter la fracture numérique.

Mais il n’y a pas d’obligation à mettre en place ces outils « en catastrophe » et « en se débrouillant tout seul ».

Les personnels de l’éducation nationale n’ont jamais reçu de dotation financière ou de matériel afin de s’équiper en informatique et en connexion internet. Il ne peut donc rien être imposé à distance aux personnels sur ces aspects.

Plus généralement, nous invitons les personnels à la prudence et à ne pas mettre le doigt dans l’engrenage. Les inégalités sociales qui traversent l’école et notre pays sont importantes et n’excluent absolument pas l’usage du numérique :

Car du côté des élèves et de nos familles nous savons que l’accès au numérique n’est pas égal, loin de là. Vous le savez, toutes les familles de votre école ou de votre classe sont différentes du point du vu de leur origine social et donc de leur capital culturel. La réussite scolaire n’échappe pas à la règle tout comme l’accès au numérique…

Un accompagnement pédagogique qui ne va pas de soi

Le déroulé des activités suppose la présence d’un tuteur, idéalement adulte auprès de l’élève qui réalise les activités. Cela pose la question de la disponibilité de l’adulte et de la mise en œuvre des dispositifs de compensation financière des jours consacrés à la garde des enfants. Si l’indemnisation est garantie pour les salarié-es, qu’en est-il pour les travailleurs et travailleuses précaires, intérimaires, rémunéré-es à la tâche, etc ?

Les consignes données aux tuteur-tutrice font référence à un registre pédagogique, là encore fortement discriminant sur le plan du capital culturel (« faire émerger les souvenirs de l’activité », « prolongements », etc.).

De manière générale, la substitution du parent profane à l’expert pédagogique qu’est l’enseignant-e pose problème, en termes de reconnaissance de la professionnalité enseignante et de banalisation de l’idée selon laquelle n’importe qui pourrait enseigner. C’est évidemment un leurre car le repérage de ce qui fait obstacle aux apprentissages, des erreurs types impliquant telle ou telle remédiation (notionnelle ou méthodologique), de l’équilibre entre étayage et dés-étayage relèvent bien de l’expertise pédagogique de l’enseignant-e.

Les interactions entre des élèves qui éprouvent des difficultés dans leurs apprentissages et des parents démunis du point de vue de l’intervention pédagogique ont toutes les chances d’occasionner malentendus, tensions et in fine dévalorisations de l’image de soi des enfants (en « échec ») et des adultes (incapables de proposer une aide).

Aucune adaptation

Outils et progressions sont proposés sous une forme unique, sans différenciation envisagée, ni adaptation aux élèves à besoins éducatifs particuliers, par exemple les élèves dyspraxiques ne bénéficient pas d’un carnet de bord spécifique (celui-ci étant particulièrement chargé visuellement).

La progression est évidemment « théorique » et ne s’inscrit pas dans la progression et les projets en cours dans la classe.

Des activités d’entraînement peuvent confronter l’élève à des notions qui n’ont pas été découvertes en classe ou insuffisamment maîtrisées.

La maternelle oubliée

A l’heure de l’instruction obligatoire à 3 ans, aucun module n’est proposé pour les PS et MS.

Des suggestions de jeux, d’activités motrices, artistiques, langagières, des histoires à écouter, etc. auraient cependant pu être proposées, même sans être consignées dans un cahier de bord aussi codifié que pour les autres niveaux d’enseignement. Dans notre académie, des ressources ont été élaborées pour pallier à ce manque.

Tout en restant équilibré du point de vue des cinq domaines du cycle 1, le module de GS propose de nombreuses activités qui visent des acquisitions expertes (copie en cursive, dénombrement à 10 et au-delà, discrimination auditive de syllabes en début, milieu ou fin de mot, identifications des faces et arrêtes des solides, etc.). En milieu d’année de GS, l’inadaptation du protocole aux différences de rythmes de développement des jeunes enfants risquent de provoquer des situations de mise en échec artificiel.

Conclusion

Où est la réflexion sur les rapports à l’écran et particulièrement des jeunes enfants quand les autorités sanitaires invitent les familles à la prudence sur l’utilisation du numérique pour les plus jeunes ?

De manière générale, la continuité pédagogique peut-elle être assurée hors la classe ?

Rien n’est moins sûr, tant elle est dépendante des grandes disparités des réalités sociales et culturelles des familles et de leur rapport à la culture scolaire (suivant que les enfants ont, pour reprendre les concepts de Lahire, des « vies augmentées » ou « diminuées ») et privée de l’expertise professionnelle enseignante.

Plutôt que de faire la classe à la maison, ne serait-il pas plus profitable pour les enfants et leurs familles, dans un contexte sanitaire qui peut être anxiogène, de mettre entre parenthèses le temps de l’école et privilégier les activités éducatives ( jouer, bricoler, cuisiner, etc).

Face à une situation exceptionnelle qui nécessiterait l’utilisation à grande échelle de l’enseignement à distance, Jean Michel Blanquer sur ce sujet comme sur d’autres devrait faire preuve de plus de mesure.

Si l’on peut parler de "continuité scolaire" il est abusif de parler de "continuité pédagogique". C’est un peu comme si on expliquait que des cahiers de vacances peuvent remplacer des enseignant-es !

- Pour en lire plus sur la fermeture des écoles dans le Haut-Rhin, c’est ici : http://67.snuipp.fr/spip.php ?article5066

- Consignes pour les enseignant.es ici : http://67.snuipp.fr/spip.php ?article5074

- Infos et FAQ (foire aux questions) du Ministère ici : https://www.education.gouv.fr/coronavirus-covid-19-informations-et-recommandations-pour-les-etablissements-scolaires-et-les-274253#accueil-eleves-coronavirus

 

32 visiteurs en ce moment

*Top
©Copyright 2006 - SNUipp-FSU 67 du Bas-Rhin, tous droits réservés.