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12 mai 2020

Ecole primaire : Une analyse édifiante et pertinente sur le fonctionnement de notre ministère par un haut fonctionnaire du MEN

Lorsque tout va très mal, il arrive que les hauts fonctionnaires se déboutonnent ! Celui qui signe son article Maurice Danicourt - un pseudonyme - a le mérite enfin de dire tout haut ce que nous autres, les enseignant·es, les directrices et directeurs, les petites mains du système nous crions depuis des années. Fait assez rare dans ces hautes sphères, cette personne corrobore ce que le SNUipp et la FSU dénoncent depuis le retour de Blanquer au ministère : le ministre ment, délibérément, systématiquement, scrupuleusement. Voici le temps de la sortie de la crise sanitaire : nous n’oublions pas ! École - Hôpital : même combat !
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A l’école primaire, on marche sur la tête depuis des années, en misant sur l’autonomie de l’école, qui n’en a en fait aucune dans les textes, et sur les responsabilités accrues d’une directrice ou d’un directeur qui ne peut compter que sur son engagement, ses compétences et son charisme pour piloter ses collègues".

Depuis "la centrale", rue de Grenelle, un haut fonctionnaire partage cette analyse du premier degré sous Blanquer. Une école où le "débrouillez vous" est devenu la règle, pilotée par des recteurs et un ministre qui ne la connaissent pas.

Pour "Maurice Danicourt", un pseudonyme, " tout doit changer, vite, à tous les niveaux, bouleversant une organisation vieille de plus d’un siècle, remettant en cause un management plus récent et renvoyant un ministre dépassé".

Une tribune à retrouver sur le site du "Café pédagogique" : à lire ici

Le ministre ne connait pas le premier degré

Au niveau national, comme en période de crise les cercles de décision se restreignent et que le temps s’accélère, le roi est nu ; le ministre, Jean-Michel Blanquer accumule bévues et boulettes et il n’est pas un jour où les faits, quand ce n’est pas le premier ministre ou le président de la République, ne le démentent pas. A cette occasion, le ministre fait donc la preuve de ses limites, de sa suffisance et de son incapacité à gérer en temps de crise, et à faire naviguer par gros temps le paquebot qu’est l’éducation nationale.

Et quand il n’est pas contredit, le ministre ment, sciemment, consciencieusement, honteusement, comme lorsqu’il a annoncé que tout enseignant recevrait à temps des masques chirurgicaux ; dans les faits, la grande majorité des écoles ne les avaient pas reçus le jeudi 7 mai au soir, soit avant le pont et le week-end précédent la réouverture annoncée des écoles le 11 mai. Et quand les équipes vont les chercher, car il faut souvent aller les chercher avec ses propres moyens, elles découvrent parfois que les besoins ont été minorés (les remplaçants ou les AESH ont été oubliés, le mercredi matin a été zappé pour les communes restées à 4,5 jours, etc., erreurs de débutants pour les connaisseurs), quand ce ne sont pas seulement des masques pédiatriques, destinés aux seuls enfants, qui ont été envoyés.

Le ministre a montré d’ailleurs à plusieurs reprises qu’il ne connaissait pas bien le premier degré, sa réalité quotidienne et ses contraintes, notamment quand il a envoyé un protocole sanitaire inapplicable ou presque. La preuve en est quand, énième moment de malaise, il a été interrogé sur la façon de respecter les gestes barrières avec un tout-petit qui se met à pleurer, et qu’il croit s’en être sorti par une pirouette : « Oui, oui. Bon. Écoutez, sur des sujets comme ceux-là, je crois qu’il faut qu’on fasse preuve de bon sens et de pragmatisme et ce n’est pas au ministre de donner une consigne sanitaire sur un point comme ça. » C’était à pleurer…

Le règne du "débrouillez-vous"

Or, la tendance, datant de plusieurs années, mais renforcée sous le ministère de Jean-Michel Blanquer, est de s’adresser aux directeurs comme aux chefs d’établissement et de leur demander la même chose, alors qu’ils n’en ont pas du tout les mêmes moyens. Et le recteur de faire de plus en plus de même, shuntant DASEN et IEN. De ce fait, la directrice ou le directeur se retrouve de plus en plus entre le marteau (sa hiérarchie, IEN, DASEN, recteur ou ministre) et les enclumes que constituent ses collègues, les familles et la mairie, dont les désirs convergent rarement.

La crise actuelle l’illustre malheureusement trop parfaitement. On a confié directement aux directrices et directeurs le soin de gérer la question, nouvelle et délicate, de l’enseignement à distance, avec les enseignants et les parents. On leur demande désormais, à eux et presqu’à eux seuls, oubliant les IEN, d’appliquer un protocole sanitaire et une circulaire de reprise, tâche qui relève presque de la mission impossible, au sens où il faudrait oublier que les enfants sont des enfants et que l’acte d’enseigner implique une nécessaire proximité à l’école maternelle comme à l’école élémentaire.

Le grand mot est « On vous fait confiance », ce qui signifie en fait « Débrouillez-vous ». Débrouillez-vous sans savoir si la mairie va bien pouvoir désinfecter les locaux avant la reprise et le refaire quotidiennement, si l’éducation nationale va envoyer les masques nécessaires à temps, s’il va être possible de gérer les récréations et les déplacements d’élèves sans qu’ils ne se croisent ni ne se touchent, tout autant que de contrôler l’attente des parents à la sortie de l’école en respectant la distanciation physique, etc. Débrouillez-vous avec vos collègues, ceux qui peuvent venir car ils n’ont pas d’enfant en bas âge non accueillis ou pas de facteurs de co-morbidité. Débrouillez-vous, débrouillez-vous… jusqu’à un certain point, bien sûr.

Dans le premier degré, la coupe est pleine

En effet, quand l’IEN a l’impression de ne plus rien piloter, de ne plus être reconnu comme le patron de sa circonscription, ou quand le résultat n’est pas celui que le ministre, le recteur ou le DASEN vient subitement de décider (parce qu’il n’y aurait pas assez d’élèves à nouveau accueillis, parce que les niveaux choisis, faute de troupes, ne sont pas ceux avancés par l’autorité qui parle le plus fort, parce que tel élève autiste, qui est par son handicap incapable d’appliquer les gestes barrières, n’est pas jugé prioritaire, etc.), il rappelle, plus ou moins aimablement, que le chef, c’est lui.

La crise du Covid 19 est un révélateur. Elle montre qu’à l’école primaire, on marche sur la tête depuis des années, en misant sur l’autonomie de l’école, qui n’en a en fait aucune dans les textes, et sur les responsabilités accrues d’une directrice ou d’un directeur qui ne peut compter que sur son engagement, ses compétences et son charisme pour piloter ses collègues. La coupe est pleine. Il n’y a pas si longtemps que cela, une directrice mettait dramatiquement fin à ses jours, rappelons-nous-en. Le système actuel est à bout de souffle. Tout doit changer, vite, à tous les niveaux, bouleversant une organisation vieille de plus d’un siècle, remettant en cause un management plus récent et renvoyant un ministre dépassé. C’est à ce prix que le président de la République montrera, pour le « monde d’après », qu’il a vraiment retenu la leçon du Covid 19.

Maurice Danicourt

pseudonyme d’un haut fonctionnaire au ministère de l’éducation nationale

 

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