SNUipp-FSU 67 du Bas-Rhin
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Le blues des enseignants spécialisés : Tribune d’un collègue du Bas-Rhin
mardi, 9 octobre 2018
/ SNU67
Cette année encore, de nombreux PE ont été affectés sur des postes d’enseignants spécialisés du premier degré souvent détachés dans les établissements du second degré sans une formation spécifique :


- postes dans les ULIS école, ULIS collège ou ULIS pro dans le secteur du handicap en milieu scolaire ordinaire.

- postes d’Enseignants Référents à la scolarisation des élèves en situation de Handicap

- postes dans les établissements médico-sociaux (IMP, TITEP, IMPro) pour les élèves en situation d’handicap non scolarisables dans le milieu ordinaire.

- postes dans les classe de SEGPA en collège ou EREA pour les élèves en difficulté scolaire.

De nombreux professeurs des écoles, après leur première affectation, sont restés dans la grande famille de l’Adaptation Scolaire et du Handicap et y ont fait leur carrière.

Ces dernières années, avec la dégradation des conditions de travail, les postes d’enseignants spécialisés ne sont plus attractifs. Il y a un réel blues dans la famille de l’ASH avec le sentiment que la communauté éducative est souvent indifférente à l’égard de leur difficulté. Il est vrai que nous sommes peu audibles quand on est peu nombreux.

Le jour de la rentrée scolaire, Emmanuel Macron et le ministre de l’Éducation Nationale ont visité une Unité Localisée pour l’inclusion Scolaire dans un collège de Laval. Le message politique, relayé par de nombreux médias, est fort : la scolarisation des élèves en situation d’handicap est une priorité nationale avec la création de nombreuses ULIS pour permettre une scolarisation adaptée dans un milieu scolaire ordinaire.

Sur le terrain, cette rentrée fut souvent difficile.

Un grand nombre d’ULIS voient leurs effectifs dépasser largement les 10 élèves préconisés par dispositif (13 à 14 élèves à certains endroits). Dans des écoles et collèges, les conditions d’inclusions des élèves dans des classes ordinaires sont devenues difficiles, voire impossible avec des classes d’accueil de 30 élèves ou plus. Avec des classes surchargées, les professeurs de collège ne peuvent consacrer du temps aux élèves inclus. Il manque souvent de la place pour l’accueil d’un AVS. Le problème est connu mais ignoré depuis toujours par le ministère : tout comme les élèves allophones des classes d’UPE2A, les élèves d’ULIS ne sont pas comptabilisés dans les effectifs des classes d’inclusion.

Inclure ces élèves dans les effectifs des classes générales obligerait souvent les Rectorats à l’ouverture de classes supplémentaires.

En ces temps d’économies budgétaires, ce n’est visiblement pas envisageable. Le ministère multiplie donc la création des dispositifs d’inclusions (ulis, upe2A...) sans donner les moyens suffisants aux établissements pour qu’ils fonctionnent. Il n’est toujours pas envisagé l’octroi d’un deuxième AVS collectif aux ulis école et collège. L’accompagnement d’un élève par un AVS collectif est de plus en plus limité, l’AVS étant à partager entre tous les élèves du dispositif. Les médias nous rappellent qu’il manque des AVS. Avec un salaire à d’environ 700 euros, le recrutement est difficile et il reste de nombreux élèves en situation de handicap non scolarisés quelques semaines après la rentrée.

Les listes d’attente pour une place dans les établissements médico-sociaux sont longues et les personnels de l’Education Nationale y travaillent dans un climat tendu. C’est ainsi que de nombreuses Ulis se retrouvent avec des élèves en attente d’une place dans des établissements médico-sociaux et dont le handicap et le niveau scolaire rendent difficiles une scolarisation dans le milieu ordinaire. Les enseignants, les parents et les élèves sont alors en souffrance ; souvent pour des années.

Les Enseignants Référents à la scolarisation des élèves en situation d’Handicap croulent sous les dossiers et cas à gérer.

Les SEGPA ont prouvé depuis des années leur efficacité avec des taux d’insertion professionnelle élevés après les CAP. Sans doute cette section coûte trop cher car on ne cesse d’organiser la baisse de ces effectifs et on multiplie les fermetures de postes.

Le recrutement est bloqué à 8 élèves par niveau en collège, ce qui permet la création de classe de double niveau (une classe de 6è/5è...). On demande donc aux professeurs des écoles de faire cours à des doubles niveaux avec parfois plus de 20 élèves par classe ; une première en collège ! (la circulaire évoque 16 élèves par division). Accepterait-on des classes à double niveau dans les classes ordinaires en collège ? Va-t-on vers une inclusion des élèves de segpa dans les classes générales au côté des élèves d’ulis et d’UPE2A ? Le ministère reste flou. Certaines académies le tentent ; non sans mal.

Si c’était le cas, les enseignants du second degré devront gérer des classes avec une hétérogénéité folle : segpa, ulis, upE2A...

L’Ecole ne peut devenir inclusive qu’avec une baisse significative des effectifs dans les classes ordinaires et des moyens humains et financiers importants.

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