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4 juin 2021

AESH : grève du 03 juin, retours

Pour cette journée de grève nationale, le SNUipp-FSU 67 et le SNES-FSU 67 ont écrit aux députés du Bas-Rhin pour qu’ils interpellent le ministère sur les conditions de travail des AESH et ont appelé les AESH à faire de même.

Les médias ont largement fait écho à cette journée de grève nationale.

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AESH Pour accompagner les élèves en situation de handicap, « on est dans une logique d’économie » (Libération)

Une journée de mobilisation intersyndicale nationale ce jeudi réclame une revalorisation des conditions de travail des AESH, ces petites mains de l’Education nationale qui accompagnent les élèves porteurs de handicap.

par Maïté Darnault, correspondante à Lyon publié le 3 juin 2021 à 8h31

« Si rien n’a changé à la prochaine rentrée, j’entame une grève de la faim », prévient Farah. Cette mère solo, dont le fils Sean est scolarisé en CE2 dans le IIIe arrondissement de Lyon, ne sait plus quoi faire pour que les droits de son enfant soient respectés. Porteur d’un trouble du spectre autistique et diagnostiqué haut potentiel, le garçon de huit ans est accompagné depuis son entrée à l’école maternelle par une Accompagnante d’élève en situation de handicap (AESH, ex-AVS). C’est la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) qui établit, au fil de l’année, les « notifications d’aide » préconisant un nombre d’heures de présence de l’AESH, qui dépend de l’Education nationale, auprès de l’enfant, dans le primaire et le secondaire.

« Notifié » pour 14 heures hebdomadaires, cela fait pourtant huit mois que le fils de Farah doit se débrouiller seul en classe  : « Sean peut encore aller à l’école sans AESH, mais il est dans un état de grand stress », se désole sa mère. Retour de ses obsessions, ongles rongés au sang  : l’élève compense comme il peut. « Pour lui, c’est tellement d’efforts d’être un enfant comme les autres, il est comme sur un fil qu’on est en train de couper petit à petit et qui finira par casser », ajoute Farah. A Lyon, la pénurie d’AESH – un métier au temps partiel subi et à la paie minimaliste – s’est aggravée avec la crise sanitaire. Fin mars, 20% des 4 000 AESH du Rhône étaient absents et non-remplacés, selon le rectorat de Lyon.

Des petites mains qui « font tourner le monde »

Les arrêts maladie ou les retraits liés au Covid expliquent en partie ce chiffre. Mais il est avant tout imputable à une déficience chronique des recrutements, qui découle du manque de reconnaissance de la profession. « Cela fait partie de ces métiers du lien souvent dénigrés mais qui font tourner le monde », résume Gaëlle Pottiau, une mère qui a fondé dans la métropole de Lyon le Collectif des parents d’élèves pour les AESH. Ils participeront ce 3 juin à la journée de mobilisation intersyndicale nationale, réclamant une revalorisation des conditions de travail de ces petites mains de l’Education nationale – des femmes, pour l’écrasante majorité.

« Soit vous avez un conjoint qui a un bon salaire, soit vous avez des conditions de vie précaires. Pour compléter, certaines font aussi l’animation des temps périscolaires, on en voit s’épuiser de 8 heures à 18 h 30 pour gagner 1 000 euros. » — Camille, 40 ans, AESH

Déployés progressivement dans les académies depuis 2018 pour une généralisation à l’échelle nationale en 2022, les pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial) sont censés être une réponse à ce besoin de professionnalisation et de sécurisation du métier. A Lyon, la mise en place du Pial date de septembre : « On nous l’a vendu comme un moyen d’être plus réactif. Or, ça amplifie la pénurie d’AESH, il n’y a aucune notion du bien-être des enfants », considère un directeur d’école lyonnais. Les notifications de la MDPH arrivent toute l’année mais le nouveau protocole prévoit d’arrêter les recrutements d’AESH fin septembre. « Donc plus l’année avance, plus on re-répartit le même nombre d’heures entre un nombre d’élèves plus grand, et les derniers notifiés n’ont carrément plus d’heures du tout », explique le directeur qui, « sans aucun soutien de sa hiérarchie », ne sait « plus comment expliquer aux familles ces baisses » qui les mettent de fait en concurrence.

« L’impression d’abandonner les enfants »

Un enseignant abonde : « On ne peut plus éthiquement assumer ces décisions, c’est presque de la maltraitance. Le message officiel, c’est qu’avec l’école inclusive, on accompagne tous les élèves handicapés mais en vrai, on est juste dans une logique d’économie. » Des trois métiers qu’elle a exercés dans sa vie professionnelle, c’est « le plus dur », dit Camille (1), 40 ans. AESH depuis deux ans dans une école élémentaire de Lyon, elle évoque également une « situation très dégradée » à cause du lancement du Pial : « C’est terrible, on a vraiment l’impression d’abandonner les enfants, de ne pas assurer correctement notre mission. » Alors que les AESH étaient auparavant attachées à un établissement, souvent pour plusieurs années, le Pial vise également à accroître leur mobilité géographique et au sein des niveaux.

« Je n’ai pas envie de travailler en collège et en lycée, je ne me sens pas de prendre en charge ces publics », redoute Camille, qui n’a toujours pas reçu la formation de base, en théorie obligatoire au cours de la première année d’exercice. « J’ai des collègues qui n’ont jamais été formées en dix ans. Quand on se retrouve face aux élèves, on fait comme on le sent », souffle la quadra, qui gagne 830 euros par mois pour 26 heures hebdomadaires. « Soit vous avez un conjoint qui a un bon salaire, soit vous avez des conditions de vie précaires, constate-t-elle. Pour compléter, certaines font aussi l’animation des temps périscolaires, on en voit s’épuiser de 8 heures à 18 h 30 pour gagner 1 000 euros. » Et de pointer un « combat difficile » face à la « violence institutionnelle » : « On sent qu’on est quantité négligeable pour le rectorat, dit Camille. En fait, on est aussi peu aidés et accompagnés que les enfants en difficulté. »

(1) Le prénom a été modifié

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Les accompagnants d’élèves en situation de handicap en grève et en colère : « Se lever pour moins de 800 euros, c’est insultant » A l’appel de l’intersyndicale, les AESH ont manifesté jeudi pour dénoncer la précarité de l’école inclusive.

Par Yassine Bnou Marzouk (Le Monde)

« AESH en colère/enfants, écoles, parents, en galère » ou encore « Se lever pour moins de 800 euros, c’est insultant ». Sur les pancartes, jeudi 3 juin, se lisait l’exaspération des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) venus faire entendre, pour la troisième fois depuis le début de l’année, leur ras-le-bol à proximité du ministère de l’éducation nationale, à Paris. Plusieurs autres mobilisations ont eu lieu un peu partout en France. Petites mains de l’école inclusive, elles sont en majorité des femmes dans le cortège parisien et dans la profession. A l’échelle nationale, les AESH sont 110 000, soit 10 % des effectifs de l’éducation nationale. En poste depuis deux ans maintenant, Carole [qui a souhaité garder l’anonymat] ne peut pas se contenter de son salaire de 737 euros net par mois. « S’il n’y avait pas les aides de l’Etat, impossible pour moi de joindre les deux bouts », témoigne la quadragénaire, qui cumule un autre travail en plus de son contrat de vingt-quatre heures par semaine payées au smic.

Une situation que partagent beaucoup de ses collègues, qui se retrouvent dans l’obligation de cumuler plusieurs emplois. « Nous demandons à ce que ces contrats soient considérés en temps plein afin d’avoir une rémunération décente », revendique Manuel Guyader, représentant SUD-Education dans l’académie de Paris. Une revalorisation salariale qui permettrait d’améliorer aussi la cote du métier d’AESH, dont les besoins sont encore importants. En tout, 385 000 enfants en situation de handicap sont accueillis en classe ordinaire depuis la rentrée 2020.

Besoins en formation

En plus de cette rémunération en dessous du seuil de pauvreté (1 063 euros, soit 60 % du niveau de vie médian), Sanae rappelle que « la précarité touche aussi les contrats de travail ». Originaire de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, cette accompagnante travaille depuis 2018 et est toujours en contrat à durée déterminée (CDD), avec un salaire de 867 euros par mois. « Je ne sais jamais si je vais être renouvelée, c’est l’incertitude à chaque fois », témoigne cette femme accompagnée de sa collègue. Après huit années de CDD à temps partiel, Alexandra vient de signer un contrat à durée indéterminée (CDI), à temps partiel également. « L’enjeu est notre place au sein de l’éducation nationale, nous devons avoir accès au même statut que les enseignants », insiste la trentenaire.

Le gouvernement a récemment réformé le statut des AESH, qui sont passés de contrats aidés à des CDD de trois ans renouvelables une fois et transformables en CDI. Il a également créé en 2019 des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL) pour coordonner les besoins des élèves en situation de handicap, mais qui impliquent une mutualisation systématique des aides. « Avec ce dispositif, on nous considère comme des pions qu’on déplace pour combler des trous, affirme Bénédicte, en poste dans le 12e arrondissement de Paris. On peut être amené à changer plusieurs fois d’établissement dans une même journée. » Aussi, les AESH critiquent la manière dont les PIAL et leur management affectent les personnels mais aussi les enfants. « Physiquement et mentalement, c’est épuisant, relève Sarah, AESH à Paris. Par moments, nous devons nous occuper de deux élèves en même temps, chacun avec ses besoins spécifiques. » « Il faut sans cesse s’adapter aux élèves avec des niveaux de handicap différents », rappelle Manissa, AESH à Aubervilliers « La volonté de professionnaliser la mission n’a pas mis fin aux recrutements sous contrat, au travail à temps incomplet, à des rémunérations au minimum de la fonction publique, à une formation quasi inexistante et à une dégradation des conditions de travail qu’a amplifiée la création des PIAL », déplore-t-on au SNUipp-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire. Comme d’autres, ce syndicat réclame une revalorisation des salaires et la possibilité de contrats à temps complet pour les AESH, l’abandon des PIAL, la création d’un véritable statut de la fonction publique pour reconnaître ce métier, ainsi que des recrutements massifs.

Pour répondre à cette problématique d’adaptation tout au long de leur carrière, les AESH demandent la mise en place de formation en continu, en plus des soixante heures initiales. « Nous accompagnons des élèves avec des handicaps différents, rappelle Manissa, AESH à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Il faut sans cesse s’adapter aux élèves, qu’on ne connaît pas forcément. Mais comment le faire sans formation ? » Pour mener à bien sa mission, elle se forme de son côté et ajuste sans cesse sa prise en charge. « Finalement, les collègues subissent les conséquences de ces carences et accumulent une charge mentale plus élevée », regrette Virginie Cassand, du SNES-FSU Paris, en poste depuis 2009.

Solidarité de professeurs

Dans le cortège, des professeurs sont venus soutenir leurs collègues. « Sans elles, c’est l’école inclusive qui disparaît, insiste Delphine, professeure des écoles dans le Val-d’Oise. Malheureusement, elles sont invisibles, donc personne ne se soucie vraiment de leur situation. » Pour Anthony, professeur des écoles à Montreuil : « Si on considère que l’école de la République est inclusive, il faut se donner les moyens d’accueillir dans de bonnes conditions et cela passe par une meilleure considération des AESH. » A la fin de la manifestation, une délégation intersyndicale a été reçue par le ministère de l’éducation nationale. « Nous avons été reçus par une personne qui a enregistré nos revendications mais sans avoir de réponse concrète, dit Manuel Guyader. Il faut continuer et taper encore plus fort pour se faire entendre. »

Yassine Bnou Marzouk

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